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    18/09/2012

    Photovoltaïque : Aucune PME ne participe à la conférence environnementale


    Dans une interview donnée au journal Le Point, Stéphane Maureau, président et fondateur d'Evasol spécialisée dans le photovoltaïque, explique pourquoi sa filière a perdu les deux tiers de ses effectifs.

    Dans un contexte de morosité économique, les énergies renouvelables en général et le photovoltaïque en particulier n'ont plus la cote en France. Evasol, entreprise spécialisée dans l'énergie solaire, a été placée en redressement judiciaire en mars 2012. Comme la plupart des entreprises spécialisées dans l'énergie solaire, Evasol a souffert de la réduction des tarifs d'achat de l'électricité solaire par EDF, décidée en 2010 par le précédent gouvernement. L'entreprise a trouvé plusieurs acheteurs potentiels, elle espère maintenant que l'État saura leur donner confiance, en passant de la parole aux actes lors de la conférence environnementale des 14 et 15 septembre à Paris. Mais Stéphane Maureau, président et fondateur d'Evasol, est réservé et craint que la conférence ne crée de nouveaux obstacles pour les PME.

    LePoint.fr : Comment expliquez-vous les difficultés que connaît le photovoltaïque aujourd'hui ?

    Stéphane Maureau - Le point de départ a été le moratoire de 2010 sur la réduction des tarifs d'achat de l'électricité solaire par EDF. Ce moratoire est le fruit d'une mauvaise foi du gouvernement : il a affirmé que le marché de l'énergie solaire en France bénéficiait d'une croissance trop rapide et incontrôlée. Oui, le marché était en expansion et les objectifs allaient rapidement être atteints, mais ils étaient très bas : 5 400 mégawatts (MW) cumulés en 2020. C'est peu lorsqu'on voit que les objectifs des Allemands pour la même année sont de 50 000 à 70 000 MW. Il était alors ridicule de dire qu'on allait trop vite. Cet argument fallacieux a abouti à une décision aberrante : supprimer des projets en cours qui ont conduit à la faillite de nombreuses entreprises. La décision violente du gouvernement précédent a provoqué un manque de confiance des investisseurs qui ont pris peur face à un marché qui pâtit de soubresauts politiques.

    Ne pourrait-on pas imaginer que l'énergie solaire française puisse alors se passer du soutien de l'État ?

    Si l'État ne nous aide pas aujourd'hui, le photovoltaïque disparaît. À tout le moins, sans aides, il ne pourra être rentable avant 2020. C'est une énergie d'avenir qui a encore besoin d'un peu d'aide pour se développer. On attend surtout de l'État qu'il incite le consommateur à investir dans des produits d'énergie renouvelable : par un prêt à taux zéro ou un crédit d'impôt, par exemple. Le prêt à taux zéro est indispensable, car il faut aider en priorité les foyers modestes à faire le pas vers l'achat de technologies vertes. Le crédit d'impôt, lui, serait un message fort de l'État au consommateur. En somme, cela reviendrait à lui dire "Oui, je confirme au citoyen qu'acheter un panneau solaire est vertueux !"

    Vous attendez donc avec impatience les conclusions de la conférence environnementale ?

    Oui, mais pour d'autres raisons : en l'état actuel des choses, la conférence est en train de nous tuer. À force d'annoncer de bonnes nouvelles sans qu'aucune mesure soit prise, le marché souffre d'un attentisme des investisseurs, et c'est terriblement préjudiciable pour le secteur. Le gouvernement actuel, comme les précédents, n'a pas compris qu'il fallait laisser s'écouler un délai quand il s'agit de mauvaises nouvelles, notamment pour permettre de mettre en place des solutions. A contrario, il faut absolument annoncer les bonnes nouvelles tout de suite, au risque d'une longue léthargie, puisque l'investisseur se dit alors "pourquoi investir maintenant alors qu'on me promet de meilleures conditions dans quelques mois ?" Cette règle d'or n'est pas respectée par la classe politique. Or, c'est exactement l'inverse qu'attend l'économie. Nous subissons finalement une double peine : le moratoire et l'attentisme.

    Très concrètement, qu'espérez-vous donc de cette conférence ?

    Des annonces simples et rapides. Pendant au moins un an, il faut que le tarif d'achat du kilowattheure solaire soit stable. Il faut aussi que le gouvernement dise clairement que les technologies vertes sont des techniques vertueuses, et qu'il veut les développer. Par ailleurs, nous attendons que l'écoprêt à taux zéro soit simplifié et applicable au photovoltaïque comme aux autres solutions d'économie d'énergie pour l'habitat. Enfin, il faut absolument que le gouvernement écoute davantage les PME : elles seules connaissent les réalités quotidiennes du secteur. Je m'étonne d'ailleurs qu'aucune PME ne participe à la conférence environnementale. Sans les acteurs de terrain, comment éviter des décisions déconnectées de toute réalité ? Là, je pense qu'il y a danger.

    Source : Le Point

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